L’Afrique : continent d’avenir pour le domaine agro-agr

Avec une population actuelle de 1,3 milliard d’habitants, soit 17% de la population mondiale, projetée à 2,5 milliards en 2050 selon l’ONU, la question alimentaire – source de sécurité humanitaire, économique et politique – n’a jamais été aussi cruciale en Afrique. D’après l’Organisation Mondiale de la Santé, 73 millions de personnes en Afrique sont en situation d’insécurité alimentaire aiguë… et la crise sanitaire du covid-19 a exacerbé la situation.

Avec des contours jeunes, composé de zones très contrastées entre prospérité et pauvreté, sécurité et instabilité, côtes maritimes, déserts, forêts australes, ou métropoles, l’Afrique est un continent extrêmement hétérogène (pour un aperçu rapide sur la question, regarder ici « L’ Afrique : continent de demain ? – Les Experts du Dessous des Cartes »). Simplifier le potentiel de l’Afrique en tant que « tout » serait donc hors de propos. Malgré tout, plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest subsaharienne (Côte d’Ivoire ou Cameroun par exemple) et d’Afrique de l’Est (Rwanda, Ethiopie) connaissent un essor remarquable dans les secteurs agroalimentaire et agricole.

Culture entrepreneuriale, innovations, et changement de paradigme quant à la transformation des matières premières : l’Afrique regorge de richesses prêtes à s’exprimer. Panorama à lire ci-dessous, avec le retour d’expérience de Patrice L’Hôte, consultant en aides financières publiques et privées et dirigeant de 3E services, réseau international spécialisé en recherche de financements, qui a mis un pied sur les terres africaines il y a désormais 8 ans.

Un trésor de matières premières… prêtes à passer à la transformation 

Le continent africain regroupe 60% des terres arables de la planète – une richesse qui pourrait lui permettre de subvenir aux besoins de ses populations mais également à celles du reste du monde. Pourtant, bien que la production agricole représente 14% du PIB de l’Afrique subsaharienne, et emploie près de 80% de la population du continent (source), disponibilité des terres et production réelle sont deux choses différentes.

En effet, le secteur agroalimentaire africain fait face à de nombreux défis : dérèglement climatique, invasion de criquets, instabilité politique… et dépendance alimentaireDe 2016 à 2018, l’Afrique a importé environ 85 % de ses denrées alimentaires pour une facture de 35 milliards de dollars. Elle devrait atteindre 110 milliards de dollars d’ici 2025 (source). 

Car si l’Afrique produit de nombreuses matières premières, comme les fèves de cacao, noix de cajou, tabac, café et oranges, qui sont les 5 biens agricoles les plus exportés en valeur entre 2016 et 2018, peu d’industries de transformation locales permettent de répondre à la demande de consommation réelle. Ainsi, les biens exportés sont transformés à l’étranger – permettant à d’autres continents de réaliser des plus-values démesurées : jusqu’à +89% pour les bananes du Kenya, +554% pour les noix de cajou, et même +900% pour la valeur des grains de café d’Ethiopie une fois torréfiés (source : Oxford Business Group).

« La noix de cajou est un exemple frappant de ce paradoxe », explique Patrice L’Hôte. « La Côte d’Ivoire en est le 1er producteur au monde. Mais l’on ne voit jamais de sachets de noix de cajou « made in Ivory Coast » : en effet, si elles sont cultivées sur place, elles sont ensuite envoyées à l’étranger, notamment en Inde, pour être décortiquées et ensachées. La réalisation de plus-value, grâce à la transformation, est délocalisée. » Un autre exemple est celui du cacao : le continent africain concentre 70% de la production mondiale de fèves de cacao. Pourtant, alors que la transformation du chocolat est à l’origine de 100 milliards de dollars à travers le monde selon l’International Cocoa Organization, seuls 6% de cette somme reviennent aux pays exportateurs de la matière brute, comme la Côte d’Ivoire et le Ghana.

« Depuis une dizaine d’années, il y a une véritable prise de conscience sur le besoin de développer les infrastructures de transformation sur place », souligne-t-il avec espoir. « D’une part, pour ne plus délocaliser cette réalisation de plus-value. D’autre part, parce que le cours des matières premières s’est révélé très fluctuant. » Ainsi, 3E services est sollicité par des entreprises locales pour du financement et du soutien à l’installation de conserveries, d’ateliers de production, etc. « Cela signifie que les industries africaines vont avoir besoin de matériel, d’équipements, mais aussi de compétences, notamment en informatique, maintenance et en ingénierie technique de projet  pour se développer dans les années à venir. » De quoi ouvrir des opportunités d’affaires pour les industries françaises – « car la France est très bien perçue, notamment en Afrique de l’Ouest, où l’on reconnait notamment le professionnalisme français en management et gestion de l’entreprise », ajoute Patrice. 

L’entrepreneuriat : source d’innovations techniques et de renouveau du système

Le secteur informel, c’est-à-dire les emplois non déclarés, représente 80 à 90% de l’activité africaine (source). S’il est une source de précarité pour une partie importante de la population, ne bénéficiant ni de reconnaissance ni de soutien structurel, il faut aussi y voir une culture du pragmatisme, du courage et de la débrouillardise : réussir, « avec les moyens du bord », à mettre en œuvre des solutions à des problèmes d’importance majeure – comme la sécheresse ou l’impossibilité de garantir la chaîne du froid.

« En conséquence, la culture entrepreneuriale est très forte en Afrique », confirme Pascal L’Hôte. « Les créations d’entreprises sont fréquentes, notamment de petites start-ups très innovantes. » Dans les secteurs agroalimentaire et agricole, les exemples sont nombreux.

Côté AgTech, ou plutôt « D4Ag » comme on l’appelle en Afrique (pour Digitalisation for Agriculture), les innovations explosent. Le cabinet Dalberg a comptabilisé 390 solutions numériques au service de l’agriculture en Afrique en 2019 (dont 20% ont été lancées depuis 2018 seulement – preuve supplémentaire de la vitesse à laquelle ce secteur progresse), pour 33 millions de petits agriculteurs et éleveurs pastoraux à travers tout le continent. C’est en Afrique de l’Est, avec le Kenya et le Rwanda, que l’on dénombre le plus d’innovations dans le secteur (plus de la moitié des lancements).

Crédits : senivpetro - fr.freepik.com


Big Data, blockchain, captation à distance… selon les experts de Dalberg, 60% des solutions agricoles intégreront des technologies avancées dans les trois prochaines années
 (accéder ici au rapport complet). A l’instar de Sidibé Agrotechniques, qui permet de faire face à la sécheresse et à la hausse des températures au Mali grâce à la culture des fruits et légumes sous serre contrôlée par ordinateur. Au Nigéria, Hello Tractor offre une solution devant la pénurie de matériel agricole en permettant aux agriculteurs de louer des tracteurs géolocalisés. La start-up Tolbi (qui signifie « champ » en wolof) a été créée par des étudiants de l’École Supérieure Polytechnique de Dakar, et est lauréate du Grand Prix de l’Innovation Numérique du Sénégal : en utilisant drones, images satellitaires et capteurs d’humidité, elle permet aux agriculteurs locaux, sans besoin d’alphabétisation, d’optimiser l’irrigation de leur champ selon les besoins en eau et en engrais en temps réel.

Dans une vision de transformation plus globale, d’autres start-ups africaines se penchent sur le renouveau du système et des modes de fonctionnement de la chaine de valeur. Ainsi, au Kenya, Apollo Agriculture apporte conseils et financements aux paysans afin de les aider dans leur prise de décisions en vue d’augmenter leurs rendements. Twiga Foods, au Kenya également, propose de mettre en relation de petits producteurs avec des revendeurs informels, apportant à ceux-ci une sécurité bienvenue. Récompensée du prix « entreprise la plus prometteuse » lors de l’Africa CEO Forum en 2018, cette jeune entreprise attire les investisseurs, comme la famille Mulliez qui y a injecté 4,4 millions d’euros.

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